24 septembre 2017

Le système Séré de Rivières

Le système Séré de Rivières ou barrière de fer

Suite à défaite de 1870 et le désastre de Sedan, avec la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine ,il faut rétablir un système de défense tenant compte des nouvelles frontières.

C’est le général Séré de rivières qui va en en être chargé. Un réseau d’environ 400 ouvrages militaire va ainsi se développer de Dunkerque jusqu’à Nice.

Est un ensemble de fortifications bâti à partir de 1874 le long des frontières et des côtes françaises, en métropole ainsi que dans quelques colonies. Ce système défensif remplace les fortifications bastionnées mises en place notamment par Vauban.

Le système est fondé sur la construction de plusieurs forts polygonaux enterrés (qualifiés de forts Séré de Rivières), formant soit une ceinture fortifiée autour de certaines villes, soit un rideau défensif entre deux de ses places, soit des forts isolés. Ces éléments ont été partiellement modernisés de la fin du XIXème  siècle jusqu’en 1918, pour former ce que les Allemands ont appelé la « barrière de fer ». Son équivalent est en Allemagne la série des forts von Biehler et en Belgique les forts Brialmont.

Les forts Séré de Rivières subirent l’épreuve du feu lors de la Première Guerre mondiale, soit quarante ans après le début de leur construction : ils démontrèrent par leurs résistances l’intérêt de la fortification (Douaumont, Moulainville, Vaux, etc.). La grande majorité d’entre eux sont déclassés pendant l’entre-deux-guerres, leur rôle étant repris par les ouvrages de la ligne Maginot. Les forts, rendus aux communes, sont maintenant le plus souvent laissés à l’abandon. Néanmoins, certains restent propriété du ministère de la Défense car toujours potentiellement dangereux (les bombardements reçus pendant les guerres rendant la dépollution pyrotechnique quasi impossible).

À partir puis autour de Paris en 1840-1846 (avec quinze forts bastionnés et onze batteries placés de 1,5 à 5 km de l’enceinte).

Siège de Strasbourg en 1870 : canon démonté au milieu des ruines d’un bastion. La citadelle de Strasbourg fut partiellement détruite par les bombardements allemands.

En 1863, des expériences sont menées au fort Liédot (sur l’île d’Aix) en tirant dessus avec les nouveaux obus explosifs : le fort ne résiste pas. La solution envisagée est de recouvrir les structures par des masses de terre. En 1867, le Comité des fortifications propose de moderniser les places fortes ; des travaux sont lancés à Metz, Belfort et Langres. À Metz, l’ancienne enceinte est complétée par une ceinture de forts imaginés par le lieutenant-colonel Séré de Rivières (alors commandant du génie à Metz) : les forts du Saint-Quentin, de Plappeville, de Saint-Julien et de Queuleu. Ces forts de forme trapézoïdale avec des bastions, le tout recouvert de terre, sont chargés de maintenir l’artillerie d’un assiégeant hors de portée de la ville ; les travaux sont terminés en urgence pendant le siège de Metz de 1870 (deux autres forts sont encore à peine ébauchés : ceux des Bordes et de Saint-Privat).

La guerre franco-allemande de 1870-1871 est marquée par les sièges de Strasbourg, de Bitche, de Metz, de Montmédy, de Verdun, de Belfort et de Paris, tous riches d’enseignements : les fortifications doivent être modernisées. À la conclusion du conflit par le traité de Francfort, la France se retrouve fortement affaiblie et isolée du reste de l’Europe, sous la menace d’une Allemagne renforcée par le gain de l’Alsace-Lorraine (qui rapproche les forces allemandes de Paris), ayant perdu en plus les deux places fortifiées de Strasbourg et surtout de Metz. Une des priorités est de fortifier la nouvelle frontière.de la fin du XVIIème  siècle, la fortification doit répondre aux avancées techniques dans le domaine de l’artillerie : l’augmentation de la portée des pièces (qui passe de 600 à 3 000 mètres au début du XIXème siècle), de la cadence de tir (grâce au chargement par la culasse), de la précision (grâce au canon rayé) et de la puissance des projectiles (obuscylindro-ogival muni d’une fusée percutante et rempli d’explosif) rendent inefficaces toutes les fortifications érigées selon les principes de la fortification bastionnée. Montalembert avait théorisé de nouvelles formes de fortification (qu’il appelle la « fortification perpendiculaire », correspondant à la fortification polygonale) protégeant des ouvrages d’artillerie se soutenant mutuellement. Si ces idées sont appliquées dès le début du XIXème siècle par les Piémontais (pour les forts de la barrière de l’Esseillon en Maurienne) et par les Prussiens (pour le fort Constantin à Coblence), les Français restent d’abord fidèles aux principes de Vauban et de ses successeurs (tel que Cormontaigne).

En 1832, la prise de la citadelle d’Anvers est due au pilonnage de la place par les mortiers du général Haxo (plus de 39 000 obus et bombes sont tirés en 19 jours de siège). Une solution à l’augmentation des portées est de construire une ceinture de « forts détachés » pour maintenir l’assiégeant hors de portée du centre-ville à protéger. Cette solution est appliquée autour de Lyon en 1831-1852 (avec treize forts bastionnés et neuf redoutes),

Parallèlement à l’évacuation des dernières troupes d’occupation allemandes en 1873, est créé le « Comité de Défense » qui siège de 1872 à 1888. Ce comité a pour mission la réorganisation défensive de toutes les frontières de France, aussi bien terrestres que maritimes. Pour cela, il fallait boucher la brèche laissée par la perte des places fortes de l’Est, moderniser les anciennes places qui se montrèrent dépassées pendant les affrontements de 1870 et recréer de nouveaux forts adaptées aux nouvelles techniques de combat et notamment aux grands progrès qu’avait fait l’artillerie. Ce comité est créé par un décret présidentiel le 28 juillet 1872. Il compte à sa création neuf membres dont le ministre de la Guerre et des représentants de l’artillerie et du génie.

Séré de Rivières, général de brigade depuis octobre 1870, commandant du génie du 2ème corps d’armée de Versailles (il vient de diriger la prise des forts d’Issy, de Vanves et de Montrouge défendus par les Communards), est présent dès le début dans ce comité, avant d’en être nommé secrétaire en juin 1873. Le 1er février 1874, il est promu à la tête du Service du génie au ministère de la Guerre. Séré de Rivières est désormais la tête pensante du Comité en ayant tous les pouvoirs nécessaires pour faire admettre ses idées et les réaliser sans réelle opposition. Il expose ses idées dans deux rapports : Considérations sur la reconstruction de la frontière de l’Est (21 juin 1873) et Exposé sur le système défensif de la France (20 mai 1874). Le rôle de ce système est :

  • de freiner ou d’empêcher une nouvelle offensive ennemie ;
  • de faciliter la mobilisation et le déplacement des troupes en cas d’attaque ;
  • de faciliter la reprise des territoires perdus pendant la guerre de 1870.

« Créer sur la frontière qui s’étend de Calais à Nice, en arrière de cette frontière et jusqu’à Paris, un système défensif général en tenant compte des conditions de la guerre moderne, des effectifs mis en ligne, de l’importance des chemins de fer et des progrès de l’artillerie. »

— Séré de Rivières, 1872.

Le programme complet des fortifications proposé au Comité de Défense est estimé à 400 millions de francs. Le 17 juillet 1874, l’Assemblée nationale vote le financement d’une première tranche de travaux à hauteur de 88 millions, dont 29 au titre de l’année 1874. Les études et les terrassements commencent en fait avant le vote du financement, car il y a urgence à la suite des menaces de guerre avec l’Allemagne : à Toul et à Verdun sont élevées durant l’hiver 1874-1875 respectivement trois et six « redoutes de la panique » en terre. En 1880, alors que les travaux sont déjà bien avancés et à la suite de rivalités internes, de manœuvres politiques et de critiques de son système défensif, le général Séré de Rivières est évincé du Comité le 10 janvier et mis à la retraite. Malgré cela, on continue les travaux prévus, tranche par tranche, sous la direction de Cosseron de Villenoisy.

Places et rideaux:

Les places fortes permettent de fournir des points importants de résistance autour des nœuds ferroviaires proches des frontières (Lille, Maubeuge, Verdun, Toul, Épinal, Belfort, Pontarlier, Briançon et Nice), des principales villes (Paris, Lyon et Marseille) et des arsenaux de la marine (Dunkerque, Cherbourg, Brest et Toulon). Des places fortes de seconde ligne sont aménagées (La Fère, Laon, Reims, Langres, Dijon, Besançon et Grenoble). Toutes ces places fortes ont non seulement un rôle défensif, mais également le rôle offensif de bases de départ pour mener d’éventuelles attaques (vers Metz ou Mulhouse, alors allemandes)