Le Mur de l’Atlantique

Le Mur de l’Atlantique

 

Le mur de l’Atlantique est un système extensif de fortifications côtières, construit par le IIIème Reich pendant la Seconde Guerre mondiale le long de la côte occidentale de l’Europe et destiné à empêcher une invasion du continent par les Alliés depuis la Grande-Bretagne.

Ces fortifications s’étendent de la frontière hispano-française jusqu’au nord de la Norvège. Elles sont renforcées sur les côtes françaises, belges et néerlandaises de la Manche et de la mer du Nord.

Le , le IIIème Reich rompt le pacte germano-soviétique en déclenchant l’opération Barbarossa, ce qui ouvre le front de l’Est. Or l’attaque de Pearl Harbor, le , fait entrer les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne lui déclarant la guerre peu de temps après l’attaque japonaise.

En septembre 1941, le Generalfeldmarschall von Witzleben, qui commande les forces allemandes de l’Ouest propose à l’OKW, le haut-commandement allemand, de construire des positions défensives sur le littoral.

Avec la guerre sur le front de l’Est moins rapide qu’espérée par les Allemands et l’entrée en guerre des États-Unis, Hitler commence à envisager un possible débarquement anglo-américain à l’ouest, d’autant que Staline presse les Alliés occidentaux pour l’ouverture d’un second front en Europe, la Wehrmacht consacrant alors l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels sur le front de l’Est.

Le 15 mars 1942, il remplace von Witzleben par le Generalfeldmarschall von Rundstedt. Le 23 mars il publie sa directive de guerre n° 40 qui ordonne toute une série de mesures afin de renforcer les côtes des pays occupés ou annexés. En premier lieu, une protection de tous les grands ports, surtout ceux abritant, sur la façade atlantique, les bases pour sous-marins. Les Allemands sont persuadés qu’un débarquement ne peut avoir lieu qu’à proximité d’un port afin d’assurer la logistique des troupes débarquées. Dans cet esprit, il est décidé l’installation de batteries lourdes et moyennes de la Kriegsmarine responsable des objectifs marins, la création de points d’appui renforcés autour des ports tenus par l’armée de terre et à proximité des plages et des digues (les widerstandsnesten), enfin la Luftwaffe doit assurer la protection antiaérienne des lieux. Les objectifs doivent être atteints pour la fin de l’année. L’organisation Todt, le Reichsarbeitsdienst, le service du travail du Reich, ainsi que les unités du génie de l’armée sont chargés conjointement des travaux. Le commandement à l’ouest est également l’objet de modifications des compétences afin de rendre plus homogène la stratégie de défense et de construction du mur. Le 15 août 1942 se tient à Berlin une réunion avec des représentants de l’OKW et de l’organisation Todt.

Quelques jours plus tard, le débarquement de Dieppe conforte les Allemands dans leur idée que les Alliés tenteront de débarquer près d’un port. Hitler demande que l’effort soit porté sur les côtes du Nord de la France et sur les côtes belges.

Mais l’intensification des bombardements alliés, des programmes prioritaires comme les bases pour le lancement des V1 ou la construction de ligne de défense sur les autres fronts, font que l’organisation Todt prend beaucoup de retard dans la construction du mur de l’Atlantique.

Avec l’imminence d’un débarquement allié, en décembre 1943, le maréchal Erwin Rommel se voit confier par Hitler une mission d’inspection du mur. Le 31 décembre, il lui adresse un rapport alarmiste mais réaliste.

Si les défenses protégeant les ports sont jugées correctes, mais insuffisantes en cas d’attaque par la terre, les plages restent trop accessibles avec des points fortifiés pas assez nombreux et trop vulnérables. Plusieurs batteries côtières ne sont pas protégées par des casemates de béton et l’ensemble du dispositif manque de profondeur.

En janvier 1944, Rommel est nommé commandant du groupe d’armées B chargé de la défense du Nord-Ouest de l’Europe, des Pays-Bas jusqu’à la Loire, la zone la plus probable pour le débarquement allié.

Il ordonne immédiatement le renforcement des défenses. Sous sa direction, une ligne d’emplacement de tir abrité en béton renforcé le long des plages est construite, et quelquefois plus à l’intérieur, pour abriter des mitrailleuses, des armes antichars et de l’artillerie légère. Des champs de mines et des obstacles antichars sont posés sur les plages elles-mêmes et des obstacles sous-marins ainsi que des mines posées juste à la limite de marée. Le but est de détruire les péniches de débarquement avant qu’elles puissent débarquer leurs hommes ou véhicules. À l’arrière du littoral, les zones basses sont inondées et les prairies sont hérissées de pieux (les asperges de Rommel) pour éviter les atterrissages de planeurs.

Cet activisme porte ses fruits. Ainsi entre janvier et mai 1944, 4 600 ouvrages sont construits contre 8 478 pour les deux années précédentes. L’organisation Todt fait passer sa production de béton armé de 357 000 à 722 000 m³.