13 juin 2017

La Ligne Maginot

La ligne de défense des frontières

On peut ici ouvrir une parenthèse en ce qui concerne l’appellation de la ligne de défense des frontières. En effet, le nom de Maginot allait , suite au vote du parlement et à la mort peu de temps après de l’intéressé, passer à la postérité alors qu’André Maginot n’est pas en fait l’instigateur de la ligne fortifiée, tout le mérite en revenant à sont prédécesseur Paul Painlevé qui fut toujours un partisan convaincu de la fornication. Il est vrai que Maginot ne l’était pas moins et , en plus, il jouissait d’une grande popularité. Ses origines lorraines et une grave blessure reçue durant la Grande Guerre sensiblement d’autant plus l’opinion aux dangers d’une nouvelle invasion.

Dans un article paru en novembre 1929, Maginot reconnait du reste l’importance du rôle joué par Painlevé : Je tiens à ajouter, en présence de certaines informations qui tendent à nous opposer l’un à l’autre, Painlevé et moi, que le programme sur lequel on travaille actuellement et dont je vais poursuivre et hâter la réalisation, est celui qui a été arrêté et mis en route par mon prédécesseur. C’est Painlevé qui a, en effet, passé les marchés qui sont en cours d’exécution et engagé les dépenses rapportant à ces marchés. Il ne me reste donc qu’à continuer l’oeuvre commencée en demandant au parlement, pour éviter des pertes de temps et nous permettre de construire le travaux d’une façon méthodique, d’ouvrir un compte spécial comme celui qui avait été ouvert avant guerre pour la fabrication d’artillerie. Je saisirai prochainement les chambres d’un projet de loi en cd sens et je doutes pas q’elles ne me donnent les moyens d’assurer au pays, aussi rapidement que possible, la protection qu’il est en droit d’attendre.

On peut cependant souligner qu’au moment où débute la construction de la Ligne Maginot, la France, soucieuse de respecter les engagements pris à Locamo, a pris la décision d’évacuer la rive du Rhin, le 30 juin 1930, soit 5 ans avant la date fixée officiellement pour ce retrait. Décision sans doute difficile puisque les frontières ne sont pas encore protégées par une ligne fortifiée mais qu’on peut expliquer par le fait que le risque d’une attaque brusquée de la part des Allemands reste faible, dans la mesure où la Reichwehr est encore limitée à 100 000 hommes.

Du côté allemand, l’évacuation de la Rhénanie est évidemment saluée comme une victoire mais la construction d’une ligne fortifiée le long de la frontière n’est pas le meilleur des gages en matière de désarmement. Du reste, la mise en chantier des ouvrages ne va pas être perçue du côté allemand comme un signe de détente mais au contraire comme les prémices d’une action militaire visant à reprendre par les armes ce qui a été concédé par la politique.

Loi-Programme de 1929

Dès 1928 les premières études sont annoncées et elles portent sur l’armement, les cuirassements et le béton. Des essais de ces différents éléments sont entrepris cependant que des projets d’ouvrages sont déjà sur les tables à dessins.

Le programme de 1927 tel qu’il est approuvé par le conseil supérieur de la guerre prévoit un étalement des travaux sur 5 ans 1929-1934. Le budget consenti à cette entreprise a été fixé en 1928 à 3 760 millions, premier cycle de la première urgence, mais des restrictions successives font que, lorsqu’il arrive au parlement en décembre 1929, il est présenté pour un montant de 2 900 millions et c’est ce montant qui sera définitivement entériné par la loi du 14 janvier 1930 plus des crédits pour la défense aérienne du territoire.

D’après une note secrète du 17 décembre 1929, ces 2 900 millions se répartissent ainsi :

– régions fortifiées du Nord-Est : 2 397 millions ventilés entre la RF de Metz de Rochonvillers à Faulquemont pour 1 498 millions, la RF de la Lauter pour 836 millions et la défense du Rhin casemates de berge et abris de deuxième ligne pour 60 millions;
– organisation défensives du Sud-Est barrages des voies d’invasion principales : 180 millions;
– défense du Nord forêts de Mormal et de Raismes : 50 millions;
– parcs mobiles et fortification : 233 millions;
– fonctionnement des services et imprévus : 40 millions;

Ces chiffres appellent deux commentaires :

– il s’agit de prix clés en mains, c’est-à-dire que tout compris , l’achat des terrains, la construction des ouvrages, casemates et abris, les cuirassements, l’armement spécial de forteresse et les munitions, l’équipement général, baraquements pour les troupes de forteresse, lignes téléphoniques enterrées, dépôts de munitions et voies ferrées routes stratégiques et les réseaux de transports;
– la prépondérance est donnée à la RF Metz avec 52 % des crédits prévus, ceci en raison de double rôle : protection de la région de Metz et des installations industrielles de Thionville d’une part. Ce vote qui allait donner à la France la plus forte position de son histoire ne s’est en effet pas fait tout seul et il la fallu toute la force de persuasion du nouveau ministre de la guerre, André Maginot, pour le programme soit adopté. Ainsi, Pierre Cot revient à la charge dans une intervention à la chambre le 10 décembre 1929 en rappelant que les premières sécurités de la France se trouvent à 50 km à l’est du Rhin. Son argumentation repose sur trois constats :
– les expériences récentes ont démontré que l’explosif peut venir à bout du béton;
– il ne sera pas nécessaire d’enlever les forts pour traverser la ligne de résistance, il suffira de les aveugler avec  des obus fumigènes;
– c’est à l’air libre qu’on se bat le mieux , l’exemple du fort de Manonviller étant là pour rappeler les faiblesses de la fortification.
– il est dangereux de s’hypnotiser sur les possibilités d’une attaque débouchant  par la trouée lorraine et il ne Il est dangereux de s’hypnotiser sur les possibilités d’une attaque débouchant  par la trouée lorraine et il ne faudrait pas, pour sauver Briey, qu’on négligeât la défense de Paris.
– les crédits n’étant pas illimités, il faudrait savoir, entre les deux systèmes de fortification, Vauban ou Hotchkiss quel était celui qui nous assurerait la meilleure sauvegarde, la meilleure défense.

Cette intervention ne modifie pas le programme approuvé  par le ministre mais l’opposition socialiste M. Burtin et Thomas notamment monte à nouveau au créneau lors des débats parlementaires du 28 décembre 1929 pour émettre des réserves vis-à-vis des forts puissants, les cuirassés enterrés, et rappeler que l’état-major lui-même n’était point unanime sur la façon dont les frontières devaient être fortifiées.

Maginot règle alors le problème d’une phrase péremptoire et définitive, ce n’est pas l’état-major qui commande , c’est le ministre de guerre.

D’autres députés de l’opposition signalent le danger de l’invasion des avions ennemis et des murailles qui ne seraient pas assez hautes pour les empêcher de passer. prenant la parole, André Maginot se félicite pour sa part du consensus qui semble se dégager sur la nécessité de mettre nos frontières en état de défense, d’empêcher la violation du territoire par les armées ennemies. la question de confiance n’ayant pas été posée, le projet de loi est adopté à main levée. quelques années plus tard, le président Daladier rappellera ironiquement que tout le monde à voté la loi Maginot et que personne ne l’a votée !

le projet est ensuite examiné le même jour par le Sénat, selon la procédure de la déclaration d’urgence. malgré un vice de forme les rapports des rapporteurs n’ont pas été imprimés et donc, non distribués, l’ensemble du projet de loi est mis aux voix suite à une intervention favorable d’un autre lorrain, Albert Lebrun, alors président de la commission de l’armée au Sénat et futur président de la République. le projet est finalement approuvé par 270 voix contre 22.

Le 14 janvier 1930, le président de la République Gaston Doumerge promulgue la loi portant ouverture de crédits pour l’organisation défensive des frontières.

Un article écrit par le colonel Grasset dans le numéro du 22 février 1930 de l’illustration fat une première description sommaire du projet : le Ministre qui sait ce qu’on souffert nos populations envahies et combien il ne faut plus que le territoire national devienne un champ de bataille, a dit excellemment que le but du système de fortifications actuel était d’être utilisé par les troupes de couverture sur les frontière même le système adopté ? un système purement éclectique réunissant ce qu’il y a de meilleur dans deux excellentes conceptions, celle de Pierre Cot qui voulait de simples tranchées couvertes par des réseaux de fil et appuyées par de l(artillerie lourde, celle du colonel Fabry, demandant aussi de simples tranchées à construire au dernier moment mais doublées par quelques gros ouvrages quand il s’agirait de protéger certains centres particulièrement importants ce sera en somme une ligne continue, derrière laquelle des troupes viendront faire le coup de feu, la ligne s’adaptant minutieusement au terrain et courant tout le long de la frontière. Oeuvre gigantesque qu’on veut terminée en 1934 quand viendront sous les drapeaux les classes creuses correspondant aux quatre années de guerre et dont le contingent annuel ne sera que de 150 000 conscrits au lieu de 203 000, effectif habituel.

Premiers projets, premiers chantiers 1929

Si la loi-programme n’est promulguée d’en janvier 1930, on n’a pas attendu aussi longtemps pour commencer les travaux. Le premier ouvrage commencé est l’ouvrage de Rimplas dans les Alpes-Maritimes, dont les travaux débutent le 4 septembre 1928, alors que les plans définitifs ne sont pas encore établis et que les prescriptions concernant le matériel à mettre en place n’ont pas encore été arrêtées. Il est vrai que la note du ministre de la Guerre du 3 mai 1928 prescrivant que les galerie souterraines de ce fort soient commencées immédiatement, sans attendre que le projet définitif soit approuvé, faisait suite à un discours explosif de Mussolini qui réclamait le retour à l’Italie de Nice et la Savoie.

En réalité, les travaux officiels débutent dans le Nord-Est au début de l’année 1929 par trois chantiers considérés comme prioritaires, Rochonvillers, sur le plateau d’Aumetz, le Hackenberg qui barre la vallée de la Moselle et le Hochwald, pierre d’angle du système en arrière de Wissembourg.

Cette sélection a été définie le 26 octobre 1928 par le ministre Painlevé lui-même qui a obtenu du gouvernement les crédits nécessaires mais souhaite que ces ouvrages jugés prioritaires soient aussi le champ d’expérimentations qui vont permettre au point les caractéristiques des divers types d’ouvrages puissants.

Au moment où commencent les travaux, les plans définitifs ne sont pas encore arrêtés. Pour le Hochwald, denier contrefort des Vosges, on hésite entre s”établir sur le sommet de la colline ou sur les flancs, à mi-hauteur.