(SEPTEMBRE 1916-FÉVRiER 1917)
Le grand drame de Verdun s’est déroulé jusqu’ici sans que le 333ème y joue un rôle. De Pont-à-Mousson, chaque jour, le poilu a entendu le canon de Verdun. Il a pu suivre les péripéties de la lutte gigantesque. Il brûle d’envie de venger les camarades de l’Armée de Verdun et de les égaler en gloire. C’est plein d’enthousiasme qu’il s’embarque au début de Septembre pour Verdun. Quelques jours plus tard, il entre en ligne, sur là rive droite, en avant de la Batterie de l’Hôpital, à la Vaux Régnier. C’est le moment où la ruée allemande ayant fini par être enrayée puis arrêtée, notre Commandement songe à attaquer à son tour pour reprendre le terrain perdu. Aussi le canon n’arrête-t-il pas de tonner. Attaques partielles et contre-attaques se succèdent sans interruption de part et d’autre. La vie est dure : combattre sans relâche, travailler aux tranchées, organiser un terrain d’attaque, c’est le lot du régiment pendant le mois de Septembre. Il est chargé de la garde des tranchées au nord de la Batterie de l’Hôpital, ouvrage annexe situé à l’ouest du Fort de Tavannes, Ii s’agit seulement de tenir et c’est une rude tâche. Le terrain sur lequel se trouve notre première ligne est récemment conquis, il est recouvert par une ancienne tranchée ennemie retournée. Cette tranchée criblée d’obus, entièrement bouleversée n’offre aucune continuité. Pas de boyaux d’accès, pas de réseaux de fil de fer capables d’arrêter l’ennemi. Or celui-ci ne prend pas son partie d’avoir échoué dans sa tentative. Chaque jour ce sont des attaques partielles nous tenant dans une perpétuelle alerte. Le régiment n’en remplit pas moins sa mission « tenir »; il ne cède rien et sur la gauche avance même ses lignes de façon sensible entre Vaux-Régnier et Vaux-Chapitre. Après un mois passé devant Verdun, le régiment est envoyé à Hargeville, près de Bar-le-Duc, où il trouve un repos qu’il avait largement mérité. L’offensive de la Somme a libéré Verdun d’une partie des réserves ennemies. L’a saison s’avance et le terrain d’attaque devient difficile, le moment pour une opération de grand style à laquelle vient de se résoudre le Grand Etat-Major paraît judicieusement choisi. Attaque générale sur les fronts Douaumont, batterie de Damloup, dans le but d’enlever les deux forts de Douaumont et de Vaux. La 74ème Division opérera à l’aile droite dans la direction de Vaux; le 333ème sera spécialement chargé d’enlever et de nettoyer tout le système de défenses ennemies en direction des carrières : village de Vaux, fort de Vaux. Chaque unité prépare minutieusement l’opération dans ses moindres détails sur une figuration des positions. Le 5ème Bataillon doit marcher en première ligne sur les carrières au -sud du village de Vaux, suivi par le 6ème Bataillon qui, aux carrières, doit le dépasser et s’installer devant lui aux abords du village de Vaux. La 186ème compagnie à droite en liaison avec le reste du 5ème Bataillon sert d’avant-garde aux bataillons de chasseurs dont elle forme* les premières vagues d’assaut. A gauche du régiment, le 230ème est en liaison avec la division Passaga. Le régiment quitte Hargeville et revient cantonner à Haudainville. Le 23 Octobre, les musettes rebondissantes de munitions et de vivres, tous s’acheminent par le faubourg Pavé, la route d’Etain, le ravin du tunnel de Tavannes et le boyau Belmont, vers les emplacements assignés. Montée pénible, arrêtée par de nombreux embouteillages dus au grandi nombre de troupes dirigées sur ce point. Elle s’accomplit au milieu de l’un des plus formidables vacarmes qu’ait produit la guerre moderne. Un millier de bouches à feu tonnent et hurlent sans arrêt de notre côté. L’artillerie allemande riposte, mais les oreilles exercées se rendent compte de l’écrasante supériorité de notre feu et ce symptôme est de bonne augure. Car il faut le dire, ce n’est pas sans une grosse appréhension que l’on monte en ligne ce soir-là. On n’ignore pas que les places d’armes sur lesquelles on doit se rassembler sont extrêmement précaires : de simples tranchées à peine à hauteur d’homme, sans aucun abri. On sait que l’ennemi se doute dû mouvement et de l’heure de l’attaque. Une contre-préparation ferait dans nos rangs d’irréparables ravages. La fortune souriante nous épargne cette aventure et ce ne fut pas la moindre chance de ces quatre journées. L’heure H. est fixée, pour le 24, à 11 heures! 40. Le jour se lève dans un brouillard épais; à 11 heures 40, il n’est pas encore dissipé et nos vagues d’assaut sortent de la tranchée sans être aperçues de l’ennemi. C’était à la fois une chance et un risque, car la direction devenait périlleuse et des erreurs pouvaient se produire qui auraient été dangereuses pour le succès de l’opération. Heureusement la minutieuse préparation nous évita ces avatars. D’un seul élan, le 5ème Bataillon (Commandant Deleuze) saute dans les tranchées ennemies, balayant tout et cueillant des prisonniers dans chaque tranchée dépassée. Il lance aussitôt en avant les reconnaissances prévues. Des trous se sont produits à gauche, entre le régiment et le 230ème ; à droite entre le régiment et les chasseurs. Le 5ème Bataillon les comble de sa propre initiative. De ce fait, il n’y a plus de réserves, mais point n’en est besoin, car rien ne résiste à un pareil ouragan; des fils de fer sont restés intacts mais ne peuvent arrêter nos hommes. Le 6ème Bataillon (C Lourdel), à l’heure dite, passe en i re ligne et marche sur son objectif. Mais à rauche on progresse moins vite qu’au 333ème . Il y a un vide. Le 5ème Bataillon s’y installe et les deux bataillons demeurent tout entiers en première ligne, bientôt rejoints par le 4ème (C* Grollemund) qui prend la droite du 5ème .Le 25, le 6ème Bataillon, soutenu à gauche par le 56ème , doit continuer. J’attaque à l’ouest du fort de Vaux. D’un élan superbe, il se rue à Tassant et gagne rapidement du terrain, quand arrive l’ordre de ne plus bouger. Entièrement en ligne pendant quatre jours de bombardement intense, le régiment s’installe sur le terrain conquis, et maintient tous ses gains malgré des pertes sévères et une densité de front considérablement diminuée : 21 officiers dont 5 tués et 816