Association Les Bergers des Pierres-Moselle

Fort de Vaux – Bois Fumin.
29 Mai au 20 Juin 1916.

Le 29 mai, le régiment fait partie de l’Armée de Verdun et du groupement Lebrun. Le 298ème qui par son héroïsme dans les glorieuses journées de septembre 1914 avait accroché la Croix de la Légion d’Honneur à son drapeau, va retrouver ici, aux abords du Fort-de Vaux, à la Redoute I et au bois Fumin, l’occasion de prouver qu’il est toujours un des plus solides remparts de la Patrie et digne d’être placé aux postes les plus périlleux. Si sa belle conduite dans les terribles journées du 4 au 8 juin n’a pas été récompensée par une citation, ses héroïques poilus ont du moins la satisfaction intime d’avoir fait là tout leur devoir et d’avoir une fois encore grandement contribué à arrêter les hordes barbares. Dès le I er juin le régiment est mis en état d’alerte pour opérer dans la région Vaux Damloup. Il part le 2 juin, vers 3 heures, dans la direction de Verdun où il doit stationner faubourg Pavé, prêt à partir au premier signal. Le 5ème Bataillon stationne faubourg Pavé, le 6ème dans les baraquements de l’Aviation. Le régiment est mis à la disposition du Général commandant la 124ème D. I. Le 3 juin, le régiment, prévenu qu’il doit participer à une
attaque ayant pour but de dégager le Fort de Vaux, quitte ses emplacements et arrive vers 13 heures au tunnel de Tavannes où il stationne jusqu’au soir. A 19 heures 30, le 5ème Bataillon (Commandant Guignot)
quitte le tunnel de Tavannes et par le boyau de l’Etang va occuper la région ouest du fort de Vaux, limitée : à l’est par une ligne passant par le milieu de la tranchée nord du Fort et le chemin du Fort de Tavannes, à l’ouest par une ligne passant VERDUN Fort de Vaux – Bois Fumin. 29 Mai au 20 Juin 1916. Le 29 mai, le régiment fait partie de l’Armée de Verdun et du groupement Lebrun. Le 298ème qui par son héroïsme dans les glorieuses journées de septembre 1914 avait accroché la Croix de la Légion d’Honneur à son drapeau, va retrouver ici, aux abords du Fort-de Vaux, à la Redoute I et au bois Fumin, l’occasion de prouver qu’il est toujours un des plus solides remparts de la Patrie et digne d’être placé aux postes les plus périlleux. Si sa belle conduite dans les terribles journées du 4 au 8 juin n’a pas été récompensée par une citation, ses héroïques poilus ont du moins la satisfaction intime d’avoir fait là tout leur devoir et d’avoir une fois encore grandement contribué à arrêter les hordes barbares. Dès le I er juin le régiment est mis en état d’alerte pour opérer dans la région Vaux Damloup. Il part le 2 juin, vers 3 heures, dans la direction de Verdun où il doit stationner faubourg Pavé, prêt à partir au premier signal. Le 5ème Bataillon stationne faubourg Pavé, le 6ème dans les baraquements de l’Aviation. Le régiment est mis à la disposition du Général commandant la 124ème D. I. Le 3 juin, le régiment, prévenu qu’il doit participer à une attaque ayant pour but de dégager le Fort de Vaux, quitte ses emplacements et arrive vers 13 heures au tunnel de Tavannes où il stationne jusqu’au soir. A 19 heures 30, le 5ème Bataillon (Commandant Guignot) par la cote 246 et le chemin de la Batterie de l’Hôpital. Le 6ème Bataillon (Commandant Lemaitre) quitte à son tour le tunnel à 21 heures et se dirige sur P. C. Fumin par le boyau de l’Etang. Il relève des unités du 101ème et 124ème R. I. à la tranchée Fumin et dans le terrain chaotique compris entre le boyau R. I. et le ravin des Fontaines. Pendant la relève le régiment subit déjà des pertes élevées. Le 5ème Bataillon désigné pour dégager le fort de Vaux en butte depuis plusieurs jours à des attaques furieuses est en place à une heure. Deux compagnies (17ème et 20ème ) sont placées au nord de la batterie sud-ouest du fort de Vaux, face au nord-est. La droite de ces compagnies a comme objectif la corne nord du fort avec mission de contourner le fort par le nord pour se souder à l’attaque de droite qui doit chasser l’en nemi de la superstructure du fort où il s’est installé. La compagnie de gauche doit se conformer au mouvement de la droite. La 18ème Cle renforcera la garnison de la Redoute n° 1 et la 19ème s’établira en soutien à la batterie sud-ouest du fort avec les éléments du 101ème qui tiennent ce point. A 2 heures, au signal prévu, l’artillerie française qui tire sur le fort de Vaux et ses abords immédiats, allonge son tir. Le Commandant Guignot déclanche l’attaque et part en tête de la première vague. Les deux compagnies d’attaque s’empa rent d’un élément de tranchée allemande au nord-ouest du fort et font une trentaine de prisonniers dont un officier. Arrêtées par les tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses, les compagnies s’enterrent sur place. Le Lieutenant PUPION et les Sous-Lieutenants GONON, RAGOT et FABRE ont trouvé la mort dans ce combat. A 7 heures 30, des troupes ennemies descendant des crêtes au nord de l’Efang-de-Vaux, cherchent à s’infiltrer dans le ravin des Fontaines. A 11 heures 30, d’importants rassemble ments ennemis sont signalés à Redoute 2 et Redoute 3. Pendant cette journée, l’activité de l’artillerie allemande est rela tivement faible ; par contre, l’artillerie française couvre d’obus la zone Redoute 2 à Redoute 3. 5 juin. — Des compagnies du 238ème et du 101ème arrivent dans la nuit du 4 au 5, et mises à la disposition du régiment, sont placées en réserve au ravin des Abris. L’effectif du 5ème Bataillon est déjà très réduit ; de plus, le manque d’eau se fait sentir ; les blessés encombrent les premières lignes et les postes de secours.
Pendant toute la journée le bombardement est intense de part et d’autre ; malheureusement aux pertes causées par l’artillerie ennemie s’ajoutent celles dues au tir trop court de la nôtre. L’emploi des fusées vertes ne donnant aucun résultat, le Lieutenant-Colonel Hauw a recours aux pigeons voyageurs. Dans la nuit, les éléments du glorieux 101ème qui nous a précédés sur la position, nous quittent. 6 juin. — Le bombardement réciproque reste intense pendant toute la nuit, et notre artillerie continue à nous causer des pertes sensibles, par ses tirs de barrage trop courts, en particulier sur l’ouvrage R. L, sur la courtine du fort de Vaux et enfin sur la gauche de la tranchée Fumin. Les pertes sont impossibles à évaluer en raison de la continuité de la lutte et de l’impossibilité de se mouvoir de jour. A 2 heures 30 l’ennemi attaque R. I. à la grenade mais sans succès. Pendant la nuit, deux compagnies du 238ème arrivent à P. C. Fumin après avoir subi en route un violent tir de barrage ; ces compagnies destinées à renforcer notre droite, sont dirigées sur leurs emplacements. Vers deux heures, deux autres compagnies du 238ème destinées à l’attaque du fort de Vaux arrivent à P. C. Fumin ; le Lieutenant-Colonel Hauw ne dispose plus que d’un guide qu’il met à leur disposition. Les chefs de bataillon signalent au Colonel l’état d’extrême fatigue des hommes et surtout le manque d’eau : le régiment n’a reçu que 58 litres d’eau dans la nuit ; toutes les corvées de ravitaillement envoyées de l’arrière sont anéanties par les tirs de barrage continuels. L’évacuation des blessés est presque impossible malgré le dévouement des brancardiers ; les postes de secours regorgent de blessés, la gangrène gazeuse sévit dans un poste de la redoute du fort de Vaux. Les cadavres des héros tombés dans la lutte féroce qui se déroule ici depuis des semaines, ont dû être abandonnés par leurs régiments ; ils sont partout alignés sur le parados des tranchées, raidis dans leur toile de tente ensanglantée « gardes solennels et farouches de ce coin de sol français qu’ils semblent dans la mort, vouloir encore interdire à l’ennemi. »
7 juin. — En raison de l’extrême fatigue des hommes épuisés par la lutte et les privations, le Lieutenant-Colonel Hauw fait relever dans la nuit du 6 au 7 une partie du 6ème bataillon par des compagnies fraîches du 101ème R. L Le 6ème bataillon est en réserve de régiment au ravin des Abris. Le 5ème bataillon
reste en position ; il est réparti de la façon suivante ; à gauche, la 18ème compagnie occupe la redoute R.L, un peloton sous les ordres du Lieutenant Claude en bas et dans le bout de tranchée à gauche, le peloton du Lieutenant Pujo sur la superstructure de l’ouvrage. A droite, la 20ème compagnie est en face du fort de Vaux, la 17ème entre la 18ème et la 20ème ; la 19ème est en réserve avec le chef de bataillon à la batterie sud-ouest du fort. Dans la journée, le Lieutenant-Colonel Hauw est prévenu qu’une attaque sur le fort serait tentée à nouveau le 8 au matin par des zouaves, et qu’il doit envoyer des guides au fort de Tavanne pour diriger un des bataillons d’attaque par le boyau d’Altkirch, mais en raison d’un bombardement d’une violence inouïe les guides ne peuvent partir, de plus ils ne connaissent pas le boyau d’Altkirch. Vers 19 heures, malgré le bombardement, le Commandant de Gatellier part accompagné d’un homme à la rencontre des zouaves. Le même jour vers 16 heures, la 18ème compagnie occupant R. I. voyait les Allemands descendre les pentes d’Hardaumont, traverser le ravin de Vaux et en longue colonne
prendre la direction de la redoute R. IL Au moment où l’en nemi commençait à gravir le ravin de bois Fumin les mitrailleuses du Sous-Lieutenant Dégiron de ouvraient de R. I. un feu rapide et précis qui brisa l’attaque. 8 juin. — Dans la nuit du 7 au 8, le tir de barrage allemand prend une intensité extrême. A 2 heures 30, deux attaques allemandes sur la tranchée Fumin sont repoussées à coups de grenades : trois prisonniers sont faits d’autre part dans le ravin des Fontaines. De 8 à 12 heures, bombardement lent mais continu. De 12 à 15 heures, calme presque complet. A partir de 15 heures, bombardement d’une violence inouïe, surtout par gros calibres sur nos premières et deuxièmes lignes et sur P. C. Fumin. Cependant les Allemands parviennent à installer dans le bois Fumin au sud de R. II des mitrailleuses qui prennent en enfilade une partie de nos tranchées et nous causent des pertes sérieuses. D’heure en heure l’effectif du
5ème bataillon, qui ne dépassait pas 160 hommes le 8 au matin, diminuait. Le Lieutenant-Colonel Hauw est informé dans l’après midi que le régiment sera relevé dans la nuit du 8 au 9 par le 238ème R. I. ; en conséquence il demande au Commandant Guignot des guides à P. C. Fumin pour diriger les unités qui relèvent. Ces guides n’arrivent pas et vers 23 heures les compagnies de relève arrivent à P. C. Fumin après avoir essuyé un violent tir de barrage. Le Lieutenant-Colonel leur donne des agents de liaison et vers une heure, les commandants de compagnie font savoir que les guides ont dû se tromper et les ont menés dans les lignes allemandes. Cependant, vers trois heures, deux prisonniers allemands amenés à P. C. Fumin font les déclarations suivantes : Le 8 juin, vers 20 heures, deux régiments allemands ont
attaqué la zone comprise entre l’ouvrage R. I. inclus et le fort de Vaux ; les Allemands se rabattant en arrière de notre ligne de tranchée. Un violent bombardement avait été déclenché au moment de l’attaque. L’ennemi s’est porté à l’assaut en deux vagues ; la première fut repoussée, mais la deuxième
réussit à submerger les tranchées et à faire prisonniers les quelques survivants. La soi-disant méprise des agents de liaison s’expliquait alors. Une lettre adressée le 29 novembre 1916 au Colonel commandant la 125ème Brigade, par le Médecin auxiliaire Bourat, du 238ème R. L, rapatrié d’Allemagne, et dont le poste de secours avait été établi à la redoute I, confirme les déclarations des prisonniers allemands et glorifie l’héroïque défense de R. I. : Vers cinq heures du soir, un feu de barrage très nourri se déclenche entre R. I. et les carrières. Pendant ce temps nous pouvions voir comme la veille sur les pentes d’Hardaumout et dans le ravin de Vaux de longues colonnes allemandes, cheminer sac au dos et prendre la direction de R. IL Des feux de mousqueterie furent dirigés sur ces K troupes sans toutefois empêcher leur progression. Vers 6 ou 6 heures et demie, comme nous parvenait par un agent de liaison du 298ème l’ordre de relève pour la nuit prochaine, les sentinelles s’écrièrent : ‘ Les Boches nous attaquent ! » Le Capitaine Curel, du 298ème prit immédiatement ses dispositions de combat et fit partir de nombreuses fusées rouges……. Au début de l’attaque donc, toutes les fusées rouges que nous possédions furent lancées successivement tant par le 298ème que par le 238ème . Les Allemands s’avancèrent en tirailleurs à l’ouest d’une part clans la direction nord manœuvrant entre les troncs d’arbres du bois Fumin, à l’est d’autre part, c’est-à-dire au sud du fort de Vaux. Ils ne prononcent donc pas dès le début une attaque de front ; aussi nos tireurs et nos mitrailleuses durent diriger leurs feux latéralement et même un peu en arrière faisant ainsi face, à
droite et à gauche. Ces tirs parvinrent à décimer notablement les rangs de l’adversaire ; mais nous vîmes s’enrayer successivement et plusieurs fois nos deux mitrailleuses les moins endommagées, en batterie à la porte de R. I. Dès lors, l’intensité de notre feu diminuant, d’autres troupes allemandes nous abordèrent de front ; c’étaient plusieurs sections de grenadiers Bavarois qui portaient leurs efforts plus particulièrement sur la tranchée de flanquement est de la redoute R. L Cette tranchée était défendue par les éléments de la 186ème compagnie du 298ème sous le commandement du Lieutenant Claude qui bientôt tombait « frappé d’une balle à la tête les mains crispées sur les grenades qu’il s’apprêtait à lancer. « Cependant à la porte de R. I. se défendaient contre l’attaque de flanc, environ dix soldats valides avec deux officiers, le Capitaine Curel et le Sous-Lieutenant Dégironde, Au commandement du Sous-Lieutenant Dégironde, ces
défenseurs se groupèrent sur deux rangs, le premier rang à genoux. Ayant juré de mourir et mis baïonnette au canon ils continuaient à bout portant leur tir sur l’ennemi qui s’avançait. Le Lieutenant Pujo à la tête des défenseurs établis sur l’ouvrage prolongeait la résistance jusqu’au moment où atteint grièvement aux jambes par une grenade et débordé il était fait prisonnier. » Le fort de Vaux était tombé la veille. L’ennemi avait dû engager des forces plus de dix fois supérieures pour avoir raison de cette poignée de héros qui, depuis cinq jours, sans ravitaillement, sans eau, lui tenait tête sous un bombardement atroce.

Dans la nuit du 8 au 9, les restes du régiment étaient rassemblés à Belrupt. Ses pertes à Verdun étaient terriblement éloquentes :
Officiers tués : Lieutenants PUPION, CLAUDE ; Sous-Lieutenants GONON, RAGOT, FABRE, RAMEL, PARANT, POUENAT.
Officiers blessés : Lieutenants COURTY, DELAVAUVRE, COTTIN,
L’EPÉE, PAUPIER, BRUN. — Médecins Aides-Major GERY,
REYMOND. — Sous-Lieutenants CAMILLY, CHANTERET,
CIBEAU, GRIMOIN, MUSSIER.
Officiers prisonniers : Capitaine CUREL ; Sous-Lieutenants
DÉGIRONDE, PUJO, BARGE. Blessés, FRAPPA, JALICOT.
Troupe. — Tués, blessés et disparus, 1058.
Le 15 juin, le 6ème bataillon quitte Belrupt pour aller occuper la partie est de la position intermédiaire entre la route stratégique de Vaux et la fontaine de Tavanne.
Le 17 juin, le 6ème Bataillon reprend ses emplacements à Belrupt. Le 20 juin, le 298ème quitte Belrupt pour embarquer en camions au circuit de Nixéville. Les corps des héros qui restent dans ce coin de terre
chaotique de Vaux baignée de tant de sang, assurent au 298ème R- L une part de la gloire qui immortalise l’armée de Verdun.


BDCI : – Argonnaute – Date 31 octobre 1914 Cote O pièce 13387

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