L’ORGANISATION TODT 

L’organisation TODT, connue sous le nom d’OT, était un groupe de génie civil et militaire du Troisième Reich. Jusqu’en 1942, elle était connue sous le nom de celui qui a été son fondateur et son dirigeant.
En qualité de mandataire général pour la régulation de l’industrie du bâtiment, Fritz Todt, un ingénieur et une figure importante du nazisme, était le principal conseiller en matière de construction.
L’Organisation a été chargée de la réalisation d’un grand nombre de projets de construction, dans les domaines civil et militaire, tant en Allemagne, durant la période qui a précédé la Seconde Guerre mondiale et pendant celle-ci, que dans les pays d’Europe sous domination nazie, de la France à la Russie.
La quasi-totalité des grandes opérations de génie civil pendant la guerre ont été exécutées par l’Organisation, comprenant des usines d’armement, des bases de sous-marins et des lignes de fortifications comme le mur de l’Atlantique ou la ligne Gustave.
Au cours de la guerre, l’OT n’a compté qu’un petit nombre de cadres, conseillers techniques et architectes, mais a employé un nombre considérable de travailleurs étrangers (1 400 000 en 1944), essentiellement par le travail forcé, ou dans le cadre du STO géré par Fritz Sauckel.
Il y a trois grandes périodes dans l’histoire de l’Organisation :
De 1933 à 1938 :au cours de ces années, le rôle joué par Fritz Todt découle essentiellement de sa fonction d’« inspecteur général des routes allemandes » (Generalinspektor für das deutsche Straßenwesen) ; sa tâche principale consiste en la construction du réseau des autoroutes allemandes, pour laquelle il est fait appel au travail obligatoire par le biais du Service du travail du Reich ;de 1938 à février 194:cette période débute avec la création officielle de l’« Organisation Todt » proprement dite et se termine avec la mort de son fondateur dans un accident d’avion, le 8 février 1942 ; les projets de l’Organisation deviennent presque exclusivement d’ordre militaire et, en 1940, Todt est nommé « ministre de l’Armement et des Munitions » (Reichminister für Bewaffnung und Munition) ;de février 1942 à mai 1945 :En juin 1943, Albert Speer prend la relève de Fritz Todt au sein de l’Organisation Todt, qui est maintenant rattachée au ministère de l’Armement et des Munitions, connu sous le nom de « Ministère de l’Armement et de la Production de guerre ».
De 1933 à 1938 : le projet Autobahn.Le projet Autobahn1 trouve son origine dans un consortium privé fondé en 1926, sous la république de Weimar, la HaFraBa (axe Hambourg-Francfort-Bâle), dont l’objet social est de préparer la construction d’une autoroute reliant les villes de la Hanse à Bâle, en passant par Francfort.Le décret de Hitler initiant le projet Reichsautobahnen, qui consiste en un réseau complet d’autoroutes, donne une nouvelle importance à l’entreprise. Le Führer confie cette tâche à Fritz Todt, qui est maintenant inspecteur général des routes allemandes.Todt a atteint un poste équivalent à celui de chef de cabinet en 1934. En 1938, il est un administrateur compétent qui a achevé la construction de plus de 3 000 kilomètres d’autoroutes, faisant du projet Autobahn l’une des vitrines du régime nazi.Todt est à l’origine du cœur de l’organisation qui portera son nom pendant cette période. L’expansion du conglomérat contrôlé par Todt, la rapidité de celle-ci, ainsi que la prééminence grandissante de son chef, sont un cas d’école sur la manière dont un leader politique, compétent et déterminé, peut accroître son pouvoir personnel et son influence dans le contexte flou et peu soucieux de légalisme de la polycratie instituée par Adolf HitlerAu départ, le projet Autobahn se base sur le marché du travail comme source de main-d’œuvre : l’Allemagne tente de se remettre de la Grande Dépression et les ressources sont abondantes. Pendant la reprise de l’économie, qui entraîne une diminution des ressources humaines disponibles,Todt est autorisé, en 1935, à utiliser le travail obligatoire, par le biais du Service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst) ; selon les termes de la loi du 26 juin 1935, tous les hommes allemands âgés de 18 à 25 ans se voient imposer six mois de travail au service de l’État. La rémunération de ce service du travail est légèrement supérieure à celle des allocations de chômage.  
De 1938 à février 1942 : l’Organisation Todt
En 1938, Fritz Todt fonde l’Organisation Todt comme un consortium regroupant les bureaux administratifs qu’il a créés tout au long du projet Autobahn, les compagnies privées sous-traitantes (source de la majeure partie de l’expérience en ingénierie de l’Organisation) et il s’appuie sur le Service du travail du Reich comme source de main-d’œuvre. Il est nommé par Hitler :
« chef du Bureau central pour la technique » à la direction du parti nazi (Leiter des Hauptamts für Technik in der Reichsleitung der NSDAP) et « mandataire général pour le règlement de l’Économie du bâtiment » (Generalbevollmächtigter für die Regelung der Bauwirtschaft). Il se voit donc octroyer de très grands pouvoirs, et n’a donc pas à rendre de comptes aux ministres du Reich, ce qui est contre l’avis de Hermann Göring.
L’investissement dans les projets civils est considérablement réduit : entre 1939 et 1943, contrairement à la période 1933-1938, moins de 1 000 km d’autoroutes sont construits ; tous les efforts se concentrent sur les projets militaires, le plus important d’entre eux étant la ligne Siegfried, construite face à la ligne Maginot et avec un objet identique.
En 1940, Todt est choisi pour occuper le poste de ministre de l’Armement et des Munitions (Reichminister für Bewaffnung und Munition). Todt et son organisation ont été chargés d’un projet encore plus vaste en 1941.
Le mur de l’Atlantique, une ligne de fortifications, est destiné à assurer la protection des côtes de la France occupée, de la Belgique, des Pays-Bas, du Danemark et de la Norvège.
Ce projet inclut également la fortification des îles Anglo-Normandes, qui sont occupées par les armées allemandes depuis le 30 juin 1940.
L’explosion de la demande de main-d’œuvre causée par les différents projets militaires et paramilitaires confiés à l’Organisation va mener à une série d’élargissements du champ des lois sur le travail obligatoire, obligeant ainsi tous les Allemands à accomplir une durée de travail obligatoire au service de l’État déterminée arbitrairement (et dans les faits illimitée) :
le Zwangsarbeit. De 1938 à 1940, plus de 1 750 000 Allemands ont été recrutés par le Service du travail du Reich. De 1940 à 1942, l’Organisation Todt a commencé à intégrer des Fremdarbeiter (des travailleurs étrangers), des Militärinternierte (des prisonniers militaires italiens), des Zivilarbeiter (des travailleurs civils contractuels), des Ostarbeiter (des travailleurs forcés de l’Est) et des Hilfswillige (des « volontaires » parmi les prisonniers de guerre).
L’Organisation Todt et le Service de travail du Reich sont tous deux organisés de manière paramilitaire, aussi bien en termes de hiérarchie que d’apparence, avec des uniformes et différents insignes de grade : chevrons, épaulettes, etc.
Fritz Todt perd la vie dans un accident aérien le 8 février 1942, peu de temps après sa rencontre avec Hitler dans son Quartier général de Prusse-Orientale, établi par l’Organisation un an plus tôt.Todt était convaincu que l’Allemagne ne pouvait plus gagner la guerre, et il se considérait assez indispensable au Reich pour partager ses doutes avec Hitler.
 Il y a eu des interrogations sur sa mort, en particulier si elle n’était pas un assassinat dissimulé, mais aucune preuve n’a jamais été apportée. Todt est remplacé par Albert Speer en tant que ministre de l’Armement et des Munitions, et de facto, c’est à lui qu’incombe également la direction de l’Organisation Todt.
Pendant la période de février 1942 à mai 1945, sous la direction d’Albert Speer
Même après le décès de son chef, l’Organisation Todt demeure une entreprise d’ingénierie et se voit attribuer de nombreuses nouvelles missions. En 1943, en plus de son travail sur le mur de l’Atlantique, elle est chargée de construire les plateformes de lancement pour les missiles V1 et V2.
Au cours de l’été de la même année, elle est chargée de mettre en place les bases pour accueillir les canons V3. Il est chargé de construire des installations antiaériennes et de rétablir les bâtiments endommagés par les bombardements des villes allemandes dans le cadre de l’effort défensif du Troisième Reich.
En outre, il est chargé de construire des raffineries souterraines et des usines d’armement dans le cadre du projet Riese. Le document confidentiel Handbook of the Organisation Todt publié en mars 1945 par le service de renseignement militaire, Military Intelligence Research Section, du SOE, est considéré comme un document important.
l’Organisation Todt avait de grandes ambitions : si le Troisième Reich avait été victorieux, elle avait prévu « d’étendre le réseau d’autoroutes pour aller de la Finlande à la Norvège, de Berlin à Bagdad, de percer un canal à travers l’Aquitaine à la manière du canal de Suez, de faire communiquer Bordeaux et la mer Noire, la Méditerranée et l’Atlantique ».
Administrativement, à partir de 1943, l’Organisation Todt fait partie intégrante du ministère de l’Armement et des Munitions, dirigé par Albert Speer, ministère qui est rebaptisé « ministère de l’Armement et de la Productions de guerre » à compter du 2 juin 1943.
Dans le contexte d’une Allemagne de plus en plus désespérée dans laquelle toute la production subit le manque de matières premières et de main-d’œuvre, ainsi que d’une Allemagne cible des intenses bombardements Alliés, les attributions de Speer s’étendent à pratiquement l’ensemble de l’économie de guerre allemande. Speer parvient toutefois à accroître considérablement la production, même si cela l’oblige à recourir de plus en plus au travail forcé. Ce processus de recrutement s’applique aussi à la main-d’œuvre de l’Organisation Todt.
Vers la fin de la guerre, le service de travail obligatoire pour les Allemands s’est transformé en six semaines d’entraînement militaire, et tous les conscrits disponibles sont redirigés vers les unités militaires et les organisations d’assistance militaire.
À partir de 1942, l’Organisation Todt utilise de plus en plus des prisonniers de guerre et des travailleurs forcés des territoires occupés pour remplacer la main-d’œuvre allemande. Souvent, on qualifie les ressortissants étrangers et les prisonniers de guerre de travailleurs étrangers (Fremdarbeiter).
Pendant les années 1943 et 1944, ils sont rejoints par les réfugiés des camps de concentration, ainsi que par d’autres détenus. Au commencement de l’automne 1944, entre 10 000 et 20 000 Mischlinge sont embauchés dans des unités spéciales.
À la fin de l’année 1944, environ 1,4 million de travailleurs sont encore employés par l’Organisation : seulement 1 % d’entre eux sont des Allemands  il s’agit en général d’Allemands refusés au service militaire  et 1,5 % sont des prisonniers des camps de concentration nazis ; le reste est ainsi constitué de salariés d’entreprises collaborant avec les nazis, bénéficiant des mêmes avantages que les ouvriers allemands (salaires alignés, assurance sociale, primes de séparation, primes pour travail en zone dangereuse ou en cas de fortes intempéries…),
 Des affiches, des annonces dans la presse locale et des ouvertures de bureaux d’embauche spécifiques dans les villes sont utilisées pour recruter des individus.
Une bonne partie de la main d’œuvre qui construit les batteries, les bases sous-marines, les fortifications du Mur de l’Atlantique et les rampes de lancement est aussi constituée de prisonniers de guerre et de travailleurs forcés venant des pays occupés.
Près de 300 000 ouvriers français et 150 000 travailleurs forcés d’autres pays sont employés, volontairement ou forcément, grâce à la construction du mur de l’Atlantique.