20 février 2017

Premiére Guerre mondiale

Du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918  (4 ans, 3 mois et 2 semaines)

 

La Première Guerre mondiale est un conflit militaire impliquant dans un premier temps les puissances européennes et s’étendant ensuite à plusieurs continents de 1914 à 1918 (bien qu’ayant diplomatiquement perduré jusqu’en 1923 pour les pays concernés par le traité de Lausanne, le dernier à avoir été signé, le 24 juillet 1923).
Considérée comme un des événements marquants du XXème siècle, cette guerre parfois qualifiée de totale a atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu’alors. Elle a impliqué plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions que toute autre guerre antérieure. Plus de soixante millions de soldats y ont pris part. Pendant cette guerre, environ 10 millions de civils et militaires sont morts et environ 20 millions ont été blessés.

Pertes militaires des Empires centraux par pays.

Puissances alliées Population (en millions) Pertes militaires Pertes civiles Total Blessés militaires
 Australie 4,5 61 928 61 928 152 171
 Royaume de Belgique 7,4 42 987 62 000 104 987 44 686
 Canada 7,2 64 944 2 000 66 944 149 732
 États-Unis 92 116 708 757 117 465 205 690
 France 39,6 1 397 800 300 000 1 697 800 4 266 000
 Royaume de Grèce 4,8 26 000 150 000 176 000 21 000
 Raj britannique 315,1 74 187 74 187 69 214
 Royaume d’Italie 35,6 651 010 589 000 1 240 010 953 886
 Empire du Japon 53,6 14 000 14 000 907
Monténégro 0,5 3 000 3 000 10 000
 Nouvelle-Zélande 1,1 18 050 18 050 41 317
 Terre-Neuve 0,2 1 204 1 204 2 314
 Portugal 6,0 7 222 82 000 89 222 13 751
 Royaume de Roumanie 7,5 250 000 430 000 680 000 120 000
Empire russe 158,9 1 811 000 1 500 000 3 311 000 4 950 000
 Royaume de Serbie 4,5 450 000 800 000 1 250 000 133 148
 Afrique du Sud 6,0 9 463 9 463 12 029
 Royaume-Uni 45,4 885 138 109 000 994 138 1 663 435
Total  789,9 5 696 056 3 674 757 9 370 813 12 809 280
Empires centraux Population (en millions) Pertes militaires Pertes civiles Total Blessés militaires
 Autriche-Hongrie 51,4 1 100 000 467 000 1 567 000 3 620 000
 Royaume de Bulgarie 5,5 87 500 100 000 187 500 152 390
 Empire allemand 64,9 2 036 897 426 000 2 462 897 4 247 143
 Empire ottoman 21,3 800 000 4 200 000 5 000 000 400 000
Total  143,1 4 024 397 5 193 000 9 217 397 8 419 533
Pays neutres
 Royaume de Danemark 2,7 722 722
 Norvège 2,4 1 892 1 892
 Suède 5,6 877 877
Total général 941 9 720 453 8 871 248 18 591 701 21 228 813

D’autres événements survenus pendant cette période : le génocide arménien (1915-1916), la Révolution russe (1917) et la grippe de 1918 ont augmenté la mortalité et la détresse des populations. Pour toutes ces raisons, cette époque a marqué profondément ceux qui l’ont vécue. Cette guerre entraîna de nombreux changements géopolitiques qui ont profondément modifié le cours du XXème siècle.

 

Cette guerre a causé l’effondrement ou la fragmentation des empires austro-hongrois, russe et ottoman. L’Empire allemand a disparu, et l’Allemagne a vu son territoire réduit. En conséquence, les frontières européennes et du Proche-Orient ont été redessinées. Des monarchies ont été remplacées par des États communistes ou par des républiques démocratiques. Pour la première fois, une institution internationale a été créée dans le but de prévenir les guerres : la Société des Nations ou SDN.

L’étincelle qui provoqua la guerre survint le 28 juin 1914, lorsqu’un jeune nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip, parvint à assassiner l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, et son épouse à Sarajevo. Les exigences de vengeance de l’Autriche-Hongrie (fortement encouragée par l’Allemagne) à l’encontre du Royaume de Serbie menèrent à l’activation d’une série d’alliances qui obligèrent plusieurs puissances européennes à s’engager sur la voie de la guerre.

Plusieurs de ces nations européennes étaient à la tête d’empires s’étendant sur plusieurs continents, ce qui explique la portée mondiale du conflit.

Cette guerre fut surtout le fait de deux grandes alliances : la Triple-Entente et la Triple Alliance ou Triplice. La Triple-Entente (aussi appelé ‘les Alliés’) était composée de la France, du Royaume-Uni, de la Russie, et des empires qu’elles contrôlaient en tant que grandes puissances coloniales. Plusieurs États se joignirent à cette coalition, dont la Belgique, envahie par l’Allemagne, qui fit appel à la France et au Royaume-Uni, garantes de son indépendance. Le Japon rejoignit la coalition en août 1914, l’Italie en avril 1915, la Roumanie en août 1916 et les États-Unis en avril 1917, ainsi que de nombreux autres pays moins puissants.

La coalition de la Triple Alliance était initialement constituée de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie, et des empires qu’elles contrôlaient. L’Empire ottoman les rejoignit en octobre 1914, suivi un an plus tard du Royaume de Bulgarie. À la fin des hostilités, seuls les Pays-Bas, la Suisse, l’Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Liechtenstein et Monaco étaient demeurés officiellement neutres parmi les nations européennes, mais certains États neutres avaient participé financièrement ou matériellement aux efforts de guerre des protagonistes.

Les combats se déroulèrent sur différents fronts situés surtout en Europe, mais une petite partie de l’Asie, de l’Océanie et de l’Afrique, ainsi que l’Atlantique Nord subirent des actions militaires. Le front de l’Ouest était caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le no man’s land. Ces fortifications s’étendaient sur plus de 600 km, incitant à une forme de combats dénommée « guerre des tranchées ». Sur le front de l’Est, l’étendue des plaines et la faible densité ferroviaire ont empêché une stabilisation des champs de bataille, mais le conflit était tout aussi étendu. Il y eut d’importants combats dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie.

Cette guerre a été la première où les aéronefs (ballons fixes ou dirigeables et, de plus en plus, les avions) ont joué un rôle tactique important, d’abord pour l’observation et la reconnaissance, puis pour la chasse et le bombardement. Y apparaissent les premiers véhicules blindés motorisés, dont l’action a d’autant plus d’importance lors des offensives terrestres à la fin du conflit que les deux camps n’en disposent pas de manière égale, l’Allemagne ne fabriquant qu’une vingtaine de panzer pendant que les alliés produisent des milliers de chars. Elle donna également lieu au premier engagement massif de sous-marins de combat, et à une véritable guerre de course menée contre des flottes commerciales, qui atteignit un paroxysme lors de la première bataille de l’Atlantique.

En Allemagne, Guillaume II assure l’Autriche de son appui inconditionnel. C’est alors que survient l’attentat de Sarajevo, prétexte pour l’Autriche d’en finir avec le foyer pro-slave que constitue la Serbie.

Déclarations de guerre en 1914
L’Autriche à la Serbie le 28 juillet, à la Russie le 5 août.
L’Allemagne à la Russie le 1er août, à la France le 3 août.
Le Royaume-Uni à l’Allemagne, le 4 août, à l’Autriche le 13 août.
Le Japon à l’Allemagne le 23 août.
La France et le Royaume-Uni à la Turquie le 3 novembre.

Ce conflit mondial est caractérisé par une ligne de front continue de 700 km, fortifiée, qui ne sera jamais rompue par aucune des armées en présence avant 1918. Le front est constitué de plusieurs lignes de défense creusées dans la terre, les tranchées, reliées entre elles par des boyaux d’accès. Les conditions de vie dans ces tranchées sont épouvantables, bien que les tranchées allemandes soient les mieux aménagées. Les troupes allemandes ont en effet très rapidement bétonné leurs tranchées alors que du côté français, on trouve des tranchées de terre qui résistent tant bien que mal aux obus. Les soldats y vivent entourés par la boue, la vermine, les rats et l’odeur des cadavres en décomposition. De plus, pour les tranchées les plus exposées au front, le ravitaillement laisse parfois à désirer.

 

Un no man’s land rendu infranchissable par des réseaux denses de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses, sépare les deux premières lignes. Le danger est permanent, même en période de calme quand l’activité du front est faible, la mort survient n’importe quand, par exemple au cours d’une patrouille, d’une corvée, d’une relève ou d’un bombardement d’artillerie. L’observation aérienne par les avions et les ballons permet aux armées de connaître avec précision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d’artillerie ne tombent jamais au hasard. Les obus qui pleuvent de jour comme de nuit font un maximum de dégâts. En 1918, on compte 250 millions d’obus tirés pour la France. Les soldats ne se trouvent en sécurité qu’à une dizaine de kilomètres derrière les lignes quand ils sont hors de portée de l’artillerie lourde.
On a souvent reproché aux chefs militaires d’avoir conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchées de façon aussi coûteuse en vies humaines qu’inutile. Pourtant, cette guerre de position n’est pas un choix stratégique. Elle est due au fait que, en ce début de l’ère industrielle, alors que les nations occidentales sont déjà capables de produire des armements en masse, les progrès techniques, qui ne cesseront de se succéder durant quatre ans, ont surtout concerné le matériel et la puissance de destruction plutôt que les moyens de s’en protéger.

 

L’uniforme des différentes armées ne prévoit pas non plus de protéger efficacement la tête des soldats. Ce n’est qu’en septembre 1915 que le casque Adrian remplace le képi pour les Français. Les Anglais quant à eux distribuent le casque Brodie dans la même période. Le casque à pointe allemand offre peu de protection et est progressivement remplacé par le Stahlhelm en 1916. Les débauches d’artillerie empêchent toute percée d’aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mètres et n’arrivent pas à percer les tranchées ennemies protégées par un tir nourri d’artillerie et des lignes de barbelés. De 1914 à 1918, près de 70 % des pertes en vies humaines ont été provoquées par l’artillerie lourde, contre moins de 20 % dans les conflits précédents, ce qui explique les nombreux corps disparus, non reconnaissables ou mutilés, empêchant souvent l’identification du soldat (un tiers des corps des poilus ne sont pas identifiés) et rendant le travail de deuil difficile. Ainsi, pour emporter les tranchées et mettre fin à cette forme de guerre, il faut attendre une arme entièrement nouvelle et qui apparaît plus tard : le char d’assaut.
Nouvelles armes et nouvelles tactiques

 

Avion militaire allemand, de marque Aviatik, virant sur l’aile dans la lumière matinale. Sa mitrailleuse LMG Parabellum est visible à l’arrière de l’observateur.
Liste des armes de la Première Guerre mondiale.
Aviation et blindés : Cette guerre est l’occasion pour l’industrie de l’armement de lancer de nouveaux matériaux qui aident à la maturation des techniques et des méthodes. De nombreux secteurs industriels et militaires se sont développés dont l’aviation. Désormais, la reconnaissance aérienne permet l’ajustement du tir de l’artillerie et la cartographie précise des lignes ennemies. L’aviation permet en outre de mitrailler et bombarder les positions. Cette période voit en effet les premiers bombardements aériens de l’histoire. Ce sont surtout les zeppelin qui se chargent de cette mission, de manière d’abord rudimentaire (des obus lâchés à la main au début, avant la mise au point de premiers bombardiers ; le premier « bombardier lourd », le Zeppelin-Staaken VGO allemand, rebaptisé Zeppelin-Staaken R, volera pour la première fois le 11 avril 1915). Les premiers bombardements depuis un avion ont lieu le 14 août 1914 lorsque deux avions français répliquent, en larguant des bombes sur des hangars de zeppelins allemands à Metz-Frescaty, les Allemands faisant de même en larguant trois bombes sur Paris le 3 août.

Les combats aériens (le premier se déroule le 5 octobre 1914, un Voisin III abattant un Aviatik B.II) révèlent de nombreux pilotes surnommés les « as » comme l’Allemand Richthofen, le « baron rouge », les Français Roland Garros, Fonck et Guynemer, l’Anglais Mannock, le Canadien Bishop, ou encore le Sud Africain Andrew Beauchamp-Proctor.

Les véhicules blindés apparaissent pour couvrir les soldats lors de l’attaque de position, avec une première attaque massive de chars d’assaut anglais dans la Bataille de Cambrai. Des chemins de fer de campagne (système Péchot) sont installés pour desservir les fronts. Des canons de marine montés sur wagons sont inventés et transportés près du front.

L’émergence d’armes plus efficaces et les conditions sanitaires et d’hygiène des soldats entraînent l’apparition de blessures nouvelles. 20 % des blessés le sont par balles et 80 % par des tirs d’obus. En l’absence d’antibiotiques (le seul traitement efficace étant la méthode Carrel-Dakin), les chirurgiens du front sont confrontés aux dogmes abstentionnistes de la chirurgie classique, à savoir ne pas opérer à chaud les blessures au ventre ni amputer systématiquement les blessures aux membres. Ils sont également mal préparés aux phénomènes de refus de soins et d’automutilation, d’autant plus que l’évaluation malaisée de ces cas assimilés par les autorités militaires à des abandons de poste pouvait conduire le soldat au peloton d’exécution.

L’utilisation des armes chimiques pendant la Première Guerre mondiale remonte au mois d’août 1914 où les troupes françaises utilisent contre les troupes allemandes un gaz lacrymogène, le xylylbromide, un gaz développé par les forces de police parisiennes. Par la suite, les différents camps ont cherché à fabriquer des armes chimiques plus efficaces bien que les conférences de La Haye de 1899 et 1907 aient interdit l’utilisation d’armes toxiques.

L’Empire allemand, manquant cruellement de matières premières, utilise alors des produits qu’il possède en abondance, dont le chlore, produit rejeté par les industries chimiques, et disponible en grandes quantités. Les troupes allemandes emploient donc le chlore en le présentant comme un gaz irritant et non mortel, ne portant ainsi pas atteinte aux accords des conférences de la Haye. Le premier emploi massif de gaz a lieu le 22 avril 1915 lors de la deuxième bataille d’Ypres. 150 tonnes de chlore sont lâchées faisant 5 000 morts et 10 000 blessés. La guerre du gaz avait commencé.

Les armes chimiques sont contenues dans des bonbonnes, des obus, des bombes ou des grenades. Les gaz utilisés sont très volatils : chlore, phosgène, « gaz moutarde », arsines ou encore chloropicrine. La détection de certaines de ces armes chimiques est à l’époque quasi impossible. En effet, les conséquences de leur inhalation sur le corps humain n’étant visibles que trois jours après, on ne peut savoir à temps s’il y a eu contamination ou pas. D’où la production de défenses préventives telles que les masques à gaz.

Durant la Grande Guerre, près d’un milliard de munitions d’artillerie ont été utilisées sur l’ensemble des fronts, ce qui représente quatre millions de tonnes d’explosifs et 150 tonnes de produits chimiques encore actifs et toxiques, notamment l’arsenic et le mercure dans l’enveloppe métallique des obus conventionnels et l’ypérite dans les obus chimiques, sources de pollution chimique car cette enveloppe se corrode ou provoque de graves accidents lorsqu’ils explosent. Les modalités d’élimination de ces restes explosifs de guerre sont différentes selon les États : déminage, immersion, mise en décharge sauvage, combustion à ciel ouvert ou décontamination dans des installations spécifiquement conçues et équipées.

Environ huit millions de soldats ont été faits prisonniers dans des camps pendant la Première Guerre mondiale. Chaque nation s’est engagée à suivre les accords des conférences de La Haye exigeant un traitement juste des prisonniers de guerre. En général, le taux de survie des prisonniers de guerre a été beaucoup plus élevé que celui des soldats sur le front. En général, ce sont des unités entières qui se rendent. Les cas de prisonniers se rendant individuellement sont rares. À la bataille de Tannenberg, ce sont 92 000 soldats russes qui sont capturés. Plus de la moitié des pertes russes sont des prisonniers. Les proportions pour les autres pays sont les suivantes : Autriche-Hongrie 32 %, Italie 26 %, France 12 %, Allemagne 9 % et Royaume-Uni 7 %. Le nombre des prisonniers des forces alliées s’élève à environ 1,4 million (ce chiffre n’inclut pas la Russie, dont 3 à 3,5 millions de soldats sont faits prisonniers). Les Empires centraux voient quant à eux 3,3 millions d’hommes capturés.

Prisonniers Allemand pendant la première Guerre Mondiale

Prisonniers Allemand pendant la première Guerre Mondiale

Pendant le conflit, l’Allemagne fait 2,4 millions de prisonniers, la Russie 2,4 millions, le Royaume-Uni environ 100 000, la France environ 450 000 et l’Autriche-Hongrie entre 1,3 et 1,86 million. Le moment de la capture est un moment des plus dangereux, on rapporte en effet des cas de soldats qui ont été abattus alors qu’ils se rendaient. Une fois que les prisonniers atteignent leurs camps, commence pour eux une vie de privations, de travail et de maladies dont beaucoup mourront.

Les conditions de captivité en Russie sont les plus terribles : la famine y fait des ravages et 15 à 20 % des prisonniers meurent, soit 400 à 500000 hommes. En Allemagne, où la situation alimentaire est elle aussi désastreuse, ce sont 5 % qui en meurent, soit 120000 soldats prisonniers morts.

L’Empire ottoman traite également ses prisonniers durement. Sur près de 11 800 soldats britanniques, la plupart d’origine indienne, qui sont faits prisonniers lors du siège de Kut en avril 1916, 4 250 , soit 40% d’entre eux meurent en captivité. Alors que les prisonniers sont très faibles, les officiers ottomans les forcent à marcher 1 100 km vers l’Anatolie. Les survivants sont forcés de construire une voie ferrée dans les Monts Taurus.

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