La guerre franco-prussiennes de 1870-1871

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La guerre franco-prussiennes de 1870-1871- bataille de Wissembourg

La guerre franco-prussiennes de 1870-1871- bataille de Wissembourg

Parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, la France et une coalition d’États allemands dirigée par la Prusse et comprenant les vingt-et-un autres États membres de la confédération de l’Allemagne du Nord ainsi que le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le grand-duché de Bade.

Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse. Les hostilités prennent fin le 28 janvier 1871 avec la signature d’un armistice.

Ce conflit se solde par la défaite française, et, forts de cette victoire, les États allemands s’unissent en un Empire allemand, proclamé au château de Versailles, le 18 janvier 1871. La victoire entraîne l’annexion par le Reich du territoire d’Alsace-Moselle (dit Alsace-Lorraine) et l’affirmation de la puissance allemande en Europe au détriment de l’Autriche-Hongrie et de la France.

La défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III, provoquèrent, le 4 septembre 1870, la chute du Second Empire, l’exil de Napoléon III et marqua la naissance en France d’un régime républicain pérenne avec la Troisième République.

La défaite et la perte de l’Alsace-Lorraine provoquèrent en France un sentiment de frustration qui contribua à l’échec du pacifisme, et plus tard, à l’entrée du pays dans la Première Guerre mondiale.

La guerre franco-allemande s’inscrivit dans le contexte troublé du XIXème siècle où les aspirations nationales de peuples s’exprimèrent à plusieurs reprises sans toujours aboutir à la création d’un État-nation. La Grèce, la Belgique et l’Italie y parvinrent. Grâce à l’intervention militaire de la France contre l’Autriche, un élan unitaire entraîna la fusion des États italiens avec le royaume de Piémont-Sardaigne, à la suite de plébiscites organisés. Le Royaume d’Italie fut proclamé par le parlement réuni à Turin, le 17 mars 1861.

Le projet d’unification allemande prit naissance, quant à lui, avec les Discours à la nation allemande (Reden an die deutsche Nation) de Johann Gottlieb Fichte qui, en décembre 1807, essaya d’éveiller un sentiment national ayant pour but la création d’un état national allemand, sur les ruines du Saint-Empire romain germanique, libérant les Allemands de l’occupation napoléonienne.

En 1834, fut créée une union douanière, le Zollverein entre la Prusse et une trentaine d’états allemands du Nord qui permit la construction d’un réseau ferré puissant et le décollage économique de l’Allemagne du Nord par le désenclavement de régions industrielles comme la Ruhr ou la Saxe et l’ascension d’une bourgeoisie libérale, initiatrice du mouvement unitaire. Plusieurs tentatives libérales d’union échouèrent, notamment en 1848.

Napoléon III, devenu empereur des Français en 1852, souhaitait un remaniement de la carte de l’Europe. Selon lui, les mouvements nationaux étaient un facteur d’instabilité qu’il fallait canaliser pour permettre l’avènement d’une Europe nouvelle, rééquilibrée, pacifiée par le respect du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de la souveraineté nationale.

L’entrée en guerre
Côté français
La presse parisienne dénonça l’affront de la « dépêche d’Ems », telle que réécrite par Bismarck. La mobilisation, arrêtée secrètement le 13 juillet, fut signée le 14. Le 15, elle fut approuvée par le Corps législatif. Malgré les ultimes avertissements d’Adolphe Thiers (« Vous n’êtes pas prêts ! », criait-il aux parlementaires belliqueux), le Corps législatif français vota aussi les crédits de guerre. Le 16 juillet, le maréchal Bazaine fut placé à la tête du 3ème corps de l’Armée du Rhin. Il reçut autorité sur les armées des généraux Frossard et Ladmirault ainsi que sur la Garde impériale. Le général Chabaud-Latour fut chargé de la défense de Paris. Des travaux furent entrepris au fort du Mont-Valérien, aux forts de Montrouge, de Bicêtre, d’Ivry, de Vanves, d’Issy, puis le 3 août aux forts de l’Est, et à Saint-Denis ; plus d’une vingtaine de redoutes furent construites.

Le 17 juillet, lors d’un rassemblement populaire d’étudiants et d’ouvriers à la Bastille, le républicain Émile Ollivier, Premier ministre, poussé par l’opinion publique, déclara la guerre à la Prusse (la déclaration sera officielle deux jours plus tard). Le 19 juillet, Émile Ollivier, devant le Corps législatif, dit accepter la guerre « d’un cœur léger ».

Le 19 juillet, la France déclara la guerre à la Prusse. Cette décision provoqua un rassemblement enthousiaste des Parisiens devant le palais des Tuileries. Peu se rendaient compte que l’armée française était mal préparée à cette guerre : « nous sommes prêts et archi-prêts, la guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats », déclara Edmond Le Bœuf, maréchal de France et ministre de la Guerre, à la chambre des députés le 15 juillet 1870.

Les élites françaises étaient très confiantes dans leur armée et se faisaient des illusions sur ses chances de succès. Lors de la défaite de Wissembourg, le 4 août 1870, la Bourse de Paris resta stable. Elle ne chuta que plus tard, lorsqu’elle fut suivie par une série d’autres défaites, l’emprunt public à rendement de 3% dégringolant de 13%, d’un cours de 61,7 à 53,95.

Côté allemand
Les États allemands du sud, à savoir le royaume de Bavière, le royaume de Wurtemberg, le grand-duché de Bade et le grand-duché de Hesse-Darmstadt, prirent alors parti pour la Prusse qui était sur le point d’être agressée et rejoignirent les forces de la Confédération de l’Allemagne du Nord.

Forces en présence
Faiblesses françaises
La faiblesse majeure de l’armée de Napoléon III était son impréparation à faire la guerre : le système de recrutement était déficient et les difficultés logistiques liées à la mobilisation ne permirent d’aligner que 300 000 soldats de métier au début du conflit. La Garde nationale mobile mobilisée n’était pas en mesure de résister à l’ennemi.

L’armée française dirigée par l’empereur en personne ne disposait pas d’un corps de stratèges capable de définir une doctrine militaire. Les maréchaux qui entouraient l’empereur formaient une caste conservatrice et peu encline à échanger des informations tactiques ou stratégiques entre ses membres. Les chefs militaires français furent incapables de commander une grande quantité d’hommes. Lors de situations graves, voire désespérées, ce fut de l’initiative et du sacrifice des soldats que dépendit le salut de l’armée.

Au début du conflit, la France disposait de 265 000 soldats réunis dans l’armée du Rhin contre 500 000 soldats prussiens auxquels s’ajoutaient les forces de quatre états allemands du sud, soit un total de 800 000 soldats. La mobilisation terminée, les troupes françaises comptaient 900 000 soldats contre 1 200 000 soldats allemands et prussiens.

La victoire de la France sur l’Autriche en 1859 fit illusion, car lors de la campagne, l’armée française n’avait pas de plan de manœuvre et sa logistique était improvisée. Or en 1870, la situation était identique d’autant que la majorité des commandants d’armée, de corps d’armée et de division n’était pas prêts à exercer de telles responsabilités. Par contre, les régiments étaient encadrés par des officiers de valeur.

La supériorité prussienne
En Allemagne, sous l’influence du maréchal von Moltke, un état-major compétent s’était constitué. L’armée prussienne était formée de conscrits disciplinés, instruits, bien entraînés. Les effectifs atteignaient 500 000 hommes, avec une expérience récente du feu : contre le Danemark (1864) et contre l’Autriche (1866). L’armée prussienne disposait, en outre, d’une artillerie lourde. Dans le conflit, elle choisit de concentrer ses troupes sur des points précis, plutôt que de les disperser. Ces deux principes compensèrent largement les faiblesses du fusil allemand Dreyse, face aux qualités du Chassepot français.

Les armées de la confédération de l’Allemagne du Nord, des États de Bavière et de Wurtemberg, de Bade et de Hesse sont organisées selon le modèle prussien. Les réserves sont constituées de longue date et le commandement est formé de généraux et d’états-majors entraînés par des exercices annuels.

Infanterie
L’organisation des corps d’infanterie est réglée par l’ordonnance du 8 septembre 1841. Cette arme se compose, indépendamment des corps faisant partie de la Garde Impériale, de :

100 régiments de ligne
20 bataillons de chasseurs à pied
3 régiments de zouaves
1 régiment de sapeurs-pompiers de Paris
3 bataillons d’infanterie légère d’Afrique
5 compagnies de fusiliers de discipline
2 compagnies de pionniers de discipline
1 régiment étranger
3 régiments de tirailleurs algériens
1 compagnie de vétérans d’infanterie
La réserve est formée de la garde nationale mobile, les Moblots, et de la garde nationale sédentaire qui sont de formation récentes et dont la valeur combative, variable, est inconnue à la déclaration de la guerre.

Cavalerie
Au début de la campagne de 1870, l’armée française compte 63 régiments de cavalerie, répartis en cavalerie légère (chasseurs et hussards), cavalerie de ligne (dragons et lanciers) et cavalerie de réserve (cuirassiers et carabiniers).
La cavalerie française est moins bien utilisée que celle des Prussiens dans le domaine de la reconnaissance, et le commandement croit encore à sa puissance de choc. En fait, l’artillerie prussienne (obus percutant) et les fusils modernes à tir rapide brisent les charges désormais inefficaces.

Artillerie
Le canon de campagne français ou « pièce de 4 » utilisait surtout des obus fusants plutôt que percutants, avec seulement trois distances d’éclatement possibles. Cette infériorité technique greva la « Pièce de 4 » de manière rédhibitoire par rapport aux effets du canon Krupp. L’infériorité de l’artillerie française, d’après le général Suzanne, directeur de l’artillerie en 1870, découlait aussi du mode d’emploi de l’artillerie : dispersion excessive de l’artillerie avec absence de grande batteries, duel avec l’artillerie adverse avec pour seul résultat d’attirer sur elle une concentration des batteries ennemies. Une seule grande batterie fut constituée par le colonel de Montluisant à Saint-Privat le 18 août. Elle infligea de fortes pertes à la garde prussienne.
Il faut également citer les canons à balles de Reffye, ces mitrailleuses qui tiraient environ 75 coups à la minute. Chaque fois que les officiers, commandant ces batteries de mitrailleuses à 6 pièces, comprennent qu’il valait mieux ne pas engager la lutte contre l’artillerie adverse mais contre l’infanterie, des résultats spectaculaires sont obtenus. Il semble même que la majorité des pertes prussiennes infligées par l’artillerie française leur soit imputable.

Armement du soldat
Le fusil Chassepot modèle 1866 français, avec une munition de 11 mm, a une portée utile de 600 m, est supérieur au fusil Dreyse équipant l’armée allemande. Ce dernier a une munition de 15 mm qui est moins puissante et moins précise. Par surcroît, l’effet vulnérant de la balle Chassepot était dévastateur. Plus de 80 % des pertes infligées aux troupes adverses en 1870-71 ont été imputées, après la guerre, aux effets du fusil Chassepot.
La dotation du fantassin français est de 134 cartouches par homme, 90 dans le sac, 24 à la réserve divisionnaire, et 20 dans les caissons de parc du corps d’armée. À la veille de la guerre, la France disposait d’un stock de 1 037 000 fusils Chassepot.
Le pistolet Lefaucheux 12 mm marin, est employé durant le conflit de 1870 avec des cartouches de 12 mm à broches. Son rechargement est lent du fait de sa conception. En effet, la portière de rechargement ne permet d’insérer qu’une seule cartouche à la fois.

Uniforme de l’infanterie de ligne
Tunique en drap bleu foncé à deux rangées de boutons; col jonquille avec passepoil bleu ; parements bleus avec passepoils jonquilles ; épaulettes écarlates; boutons en cuivre avec le numéro du régiment; pantalon garance tombant droit sur le cou-de-pied ; guêtre en cuir ou de toile blanche selon la tenue; shako garance avec bandeau bleu portant le numéro du régiment décoré en drap jonquille ; pompon à flamme écarlate ; jugulaire en cuir ; grand équipement en cuir noir.

Armée allemande
Les troupes allemandes sont composées de 16 corps d’armées qui regroupent 32 divisions d’infanterie et 8 divisions de cavalerie. Elles disposent de services de chemin de fer et de télégraphe.

Infanterie
Les régiments d’active sont commandés par d’excellents officiers entraînés à leurs responsabilités. Les réserves constituées depuis longtemps disposent de corps d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie.

Artillerie
Le canon Krupp prussien en acier se charge par la culasse, tandis que son homologue français est en bronze et se charge par la bouche. Ces avantages sont cependant limités par la qualité du métal et les deux types de canons sont rayés. En revanche, la cadence de tir du canon Krupp est nettement supérieure et la portée du canon Krupp est de 6 km contre 4 km pour les canons français. La supériorité prussienne vient aussi de l’utilisation d’obus percutants plutôt que fusants.

Armement du soldat
Les fusils Dreyse ont une portée et une précision moindre que les Chassepot français, mais l’armée prussienne est beaucoup plus entraînée et son commandement beaucoup mieux hiérarchisé, avec un système de transmissions efficace, conformément aux doctrines de l’Académie de guerre de Prusse.

Siège de Paris
Le siège de Paris se déroula du 17 septembre 1870 au 26 janvier 1871. Le seul moyen, alors, de transmettre, entre Paris et la province, des informations était l’utilisation de pigeons voyageurs.

De Paris encerclée, plusieurs tentatives de sortie pour desserrer l’étau prussien furent entreprises :

Combat de Montmesly et première bataille de Châtillon (13-19 septembre 1870)
Deuxième bataille de Châtillon (13 octobre 1870)
Première Bataille de Buzenval (21 octobre 1870)
Première bataille du Bourget (28-30 octobre 1870)
Bataille de Champigny (30 novembre-3 décembre 1870)
Deuxième bataille du Bourget (21 décembre 1870)
Seconde bataille de Buzenval (1871) (19 janvier 1871)
Le soulèvement du 31 octobre 1870 contre le gouvernement obligea celui-ci à organiser un référendum le 3 novembre. Les résultats du vote renforcèrent le gouvernement qui organisa des élections municipales deux jours plus tard.

Le soulèvement du 22 janvier 1871 visant à empêcher le gouvernement de capituler échoua. Un armistice fut signé avec l’Allemagne, le 26 janvier 1871, il entra en vigueur le 28.

Principales batailles
Bataille de Wissembourg (4 août 1870)
Bataille de Frœschwiller-Wœrth ou bataille de Reichshoffen (6 août 1870)
Bataille de Forbach-Spicheren (6 août 1870)
Bataille de Borny (14 août 1870)
Bataille de Mars-la-Tour (16 août 1870)
Bataille de Saint-Privat ou bataille de Gravelotte (18 août 1870)
Bataille de Bazeilles (31 août-1er septembre 1870)
Bataille de Nompatelize (2 septembre 1870)
Bataille de Sedan (1er au 3 septembre)
Siège de Strasbourg (23 août-28 septembre 1870)
Bataille de Châteaudun (18 octobre 1870)
Siège de Metz (20 août-28 octobre 1870)
Première bataille de Dijon (30 octobre 1870)
Bataille d’Orléans, première période (11 octobre – 5 novembre 1870)
Bataille de Coulmiers (9 novembre 1870)
Bataille d’Amiens (1870) ou bataille de Villers-Bretonneux (27 novembre 1870)
Bataille de Loigny (2 décembre 1870)
Bataille d’Orléans, seconde période (2-4 décembre 1870)
Bataille de Coulmiers (9 novembre 1870)
Bataille d’Amiens (1870) ou bataille de Villers-Bretonneux (27 novembre 1870)
Bataille de Loigny (2 décembre 1870)
Bataille d’Orléans, seconde période (2-4 décembre 1870)
Deuxième bataille de Dijon (18 décembre 1870)
Bataille de l’Hallue ou bataille de Pont-Noyelles (23-24 décembre 1870)
Bataille de Bapaume (1871) (3 janvier 1871)
Siège de Péronne (1871) (27 décembre-10 janvier 1871)
Bataille de Villersexel (8-9 janvier 1871)
Bataille du Mans (11-12 janvier 1871)
Troisième bataille de Dijon (14 janvier 1871)
Bataille de la Lizaine ou bataille d’Héricourt (14-18 janvier 1871)
Bataille de Saint-Quentin (1871) (19 janvier 1871)
Siège de Paris (17 septembre 1870 – 26 janvier 1871) et chronologie du siège
Siège de Belfort (3 novembre 1870 – 18 février 1871)

Les pertes humaines
Côté allemand
Cette guerre fit 45 000 morts dans les rangs de l’armée prussienne et 90 000 blessés.

L’armée allemande eut des pertes très lourdes pendant cette campagne. Bien que victorieuse dans la quasi-totalité des combats, elle y perdit souvent plus de soldats que la France. La victoire prussienne de la bataille de Saint Privat où les Allemands eurent 20 000 tués, blessés et disparus contre 12 000 Français, est bien représentative. De plus les Allemands progressaient à travers un pays résolument hostile : l’action des francs-tireurs fut très forte et entraîna une psychose dans l’armée allemande.

Côté français
Elle coûta à la France 139 000 morts (au combat ou de maladie), 143 000 blessés et 320 000 malades. Ces chiffres comprennent aussi les civils touchés par les bombardements, la famine et les tragédies telle celle du camp de Conlie.

La variole a aussi ravagé les deux armées. Cependant, les Prussiens, qui connaissaient l’efficacité du rappel antivariolique, ont eu nettement moins de pertes dues à cette maladie. En effet, sur 8 500 Prussiens contaminés, 450 en sont morts (5 %), alors que les Français qui ne connaissaient pas la nécessité du rappel du vaccin ont eu 125 000 contaminations et 23 500 décès (19 %).

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